Méthodes

Le Centre PRISM mobilise un ensemble complémentaire de méthodes quantitatives et expérimentales afin d’éclairer la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques.

Évaluer l’impact des politiques publiques

L’évaluation des politiques publiques cherche à déterminer dans quelle mesure une politique produit les effets attendus sur les dimensions qu’elle vise à influencer, telles que l’emploi, la pauvreté, les performances éducatives ou le bien-être des populations.

Évaluation (quasi-)expérimentales

L’un des principaux défis de l’évaluation des politiques publiques consiste à identifier la situation qui aurait prévalu en l’absence de la politique étudiée ou sous une politique alternative. En effet, simplement observer qu’un indicateur évolue après la mise en œuvre d’une réforme ne suffit pas à lui attribuer un effet causal, car d’autres facteurs concomitants (conjoncture économique, autre réforme, etc.) peuvent également expliquer les changements observés. L’identification d’un contrefactuel crédible permet d’isoler l’effet causal de la politique étudiée. Nos travaux s’appuient donc sur :

  • Les expériences contrôlées aléatoires ou Randomized Controled Trials (RCT), qui permettent d’identifier rigoureusement les effets causaux d’une intervention en créant des groupes comparables par assignation aléatoire. Elles peuvent être mobilisées pour évaluer une politique déjà mise en œuvre ou dans le cadre d’expérimentations pilotes avant une éventuelle généralisation à plus grande échelle.
  • Les expériences naturelles ou quasi-experiments qui exploitent des variations institutionnelles (dans le temps et/ou entre groupes) pour estimer l’impact des politiques dans des situations réelles et s’approchant le plus possible d’une attribution causale de l’effet. Les méthodes ‘par double différence’ utilisent des groupes témoins non-aléatoires mais dont le rôle est simplement de prendre en compte les effets du temps. Les méthodes par ‘discontinuité’ mettent à profit des effets de seuil : par exemple un critère d’éligibilité à une politique grâce auquel ceux juste en-dessous du seuil ne sont pas éligibles mais peuvent être comparés à des gens très similaires à eux et situé juste au-dessus, donc éligibles.

Évaluation ex ante

En plus des évaluations ex post de politiques déjà mises en place, les chercheurs de PRISM mobilisent des outils permettant d’anticiper les effets potentiels de politiques alternatives et/ou d’étudier l’optimalité d’une politique.

  • La microsimulation socio-fiscale, qui permet de simuler les effets distributifs et budgétaires des impôts et aides sociales et familiales sur des données de populations représentatives, par exemple les outils ouverts tels que OpenFisca pour la France, EUROMOD pour l’Europe ou SOUTHMOD pour l’Amérique Latine (avec le développement par les membres de PRISM de réseaux d’utilisateurs pour des analyses comparées des effets de réformes socio-fiscales, comme WAPLAC).
  • La microsimulation en santé et modèles de parcours de soins permettent d’évaluer ex ante l’impact des politiques de santé sur les trajectoires des patients, le recours aux soins et les dépenses de santé.
  • La modélisation des comportements individuels et son implémentation empirique grâce à l’économétrie structurelle: elles permettent une modélisation et des simulations de comportements dynamiques, notamment; des modules comportementaux peuvent être incorporés aux microsimulations pour prédire l’impact d’une réforme réelle ou hypothétique sur les réactions comportementales (par exemple les choix de temps de travail en réponse à des réformes socio-fiscales).

Évaluations normatives

Les chercheurs de PRISM ne s’intéressent pas qu’à l’impact d’une politique publique sur les comportements (de santé, de consommation, de travail, etc.) ou sur des mesures d’intérêt. Ils conduisent des analyses distributives (inégalité, pauvreté), des analyses de bien-être, des analyses coût-bénéfice, avec des apports méthodologiques originaux.

  • Les modèles micro permettent des analyses de bien-être et distributionelles, par exemple en étudiant comment les réactions comportementales déforment l’impact d’une réforme sur les inégalités (en termes de revenu, de consommation, de bien-être). Ils permettent aussi d’étudier des mécanismes complexes, comme les inégalités intra-ménages, par exemple, et des mesures de pauvreté spécifique des enfants ou des femmes qui en découlent.
  • L’analyse coût-bénéfice compare les coûts et les bénéfices sociaux d’une intervention publique afin d’en apprécier l’efficacité économique globale. La partie ‘bénéfice’ nécessite des critères d’évaluation (par exemple des mesures de bien-être: revenu, revenu équivalent, bonheur; ou d’autres critères: espérance de vie, indices multidimensionnels) et des fondements normatifs (critères d’équité)
  • Dans ce cadre, les analyses de PRISM tentent d’intégrer des dimensions qui sont généralement peu prises en compte dans les évaluations de politiques publiques: l’équité, les préférences sociales, l’acceptabilité, les mécanismes d’implémentation. Nos travaux sur le revenu équivalent santé, l’analyse coût-bénéfice équitable, l’équité territoriale, les incitations financières, la valeur de l’information ou les dynamiques d’inégalités de santé au cours de la vie s’inscrivent dans cette perspective (e.g. Samson et al., 2018, Bricard et al 2020).

Comprendre les mécanismes

Au-delà de la mesure des impacts, le Centre cherche à comprendre les mécanismes qui expliquent les comportements individuels et collectifs. Les recherches portent notamment sur :

  • les réponses comportementales aux incitations économiques ;
  • les attitudes, préférences et croyances ;
  • les mécanismes psychologiques influençant les décisions individuelles.

Pour cela, nous mobilisons les approches expérimentales en laboratoire, sur le terrain ou en ligne. Nos chercheurs disposent notamment d’une infrastructure expérimentale multi-site, combinant les capacités du lab en économie expérimentale de BxSE et de celles du centre de psychologie sociale du LabPsy: the Behavioral Interdisciplinary Lab of Bordeaux (BILBO).

Nous proposons aussi des innovations méthodologiques à l’interface entre économie et psychologie. Ces travaux interdisciplinaires s’inscrivent dans l’héritage du GPR HOPE Bordeaux, qui a favorisé le développement de recherches intégrant les dimensions économiques, comportementales et psychologiques de l’action publique, notamment pour expliquer:

  • les réponses comportementales aux incitations économiques ;
  • les attitudes, préférences et croyances ;
  • les mécanismes psychologiques influençant les décisions individuelles.

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